Mode d’emploi de mes nouveaux projets
Je me suis foutu dehors tout seul, pour voir. Trois belles années de gros boulot après être rentré chez Marianne, je me suis dit que c’était une bonne occasion d’aller expérimenter ce que tout ce temps passé sur Internet et surtout des centaines de discussions avec des journalistes, des lecteurs et des passionnés m’ont amené à imaginer sur ce qui pourrait être fait d’autre en matière de journalisme sur le web. J’ai donc négocié mon départ de chez Marianne, quitté, à regret, une équipe bien soudée et commencé à réfléchir sur quoi bâtir mon projet. Depuis des mois que je plaide au Djiin pour un « journalisme web créatif », il était temps de se mettre au clavier.
En marge de mes piges, de mes cours et de mes activités associatives (Association des journalistes européens) et para associatives (Djiin), je continuerai d’utiliser Twitter et Facebook pour le microblogging, Delicious et Pearltrees pour les liens. Mais j’y ajouterai un blog (opérationnel sous peu) pour faire de « l’info de complément » ou exploiter le caractère sérendipitique de la pratique journalistique. Je m’explique :
-pour certains papiers, il faut des carnets entiers de notes dont ne sont finalement extraites (pour des questions de place et de lisibilité) que quelques lignes. Tout le reste est perdu au lecteur, même ce qui aurait mérité d’y figurer : dans mes tiroirs, comme dans ceux des confrères, s’entassent des kilomètres d’infos, comme les tas de chutes de bois devant les menuiseries. En plus de cela, il y a tout ce dont on ne parle jamais, tout ce qui relève du décor de l’enquête, des lieux, des rencontres, des attitudes, de la « fabrique »… mais qui, pour celui qu’intéresse le sujet, relève de l’information. Au fil de mes articles, je ferai glisser de mes carnets des infos de complément qui me semblent en valoir la peine, en indiquant, ou non, le papier publié à laquelle il se rapporte, tant que cela ne va pas contre la politique éditoriale des médias pour lesquels les papiers seront publiés.
-à côté du travail journalistique lui-même, il y a tout le reste : les événements auxquels on assiste « parce qu’on est là », dans un pays étranger ou dans un lieu particulier. Je revenais d’une université d’été par la gare de Lyon et, par dessus les escaliers de la bouche de métro au bout de ma rue, on avait tiré une banderole écrite en arabe autour de laquelle manifestait des dizaines de personnes, brandissant des portraits d’un type qui m’était inconnu (j’avais, tout de même, reconnu un drapeau tunisien). Impossible d’intégrer cet élément dans mon papier, avec lequel il n’a aucun rapport. Pourtant, à quelques questions près, j’avais face à moi un bout d’info que peu d’agences ou médias auront pu relayer. Il s’est perdu. J’essaierai que les autres atterrissent sur mon blog.
Ces mini-reportages, portraits, interviews… je les réaliserai en témoin direct : le but de mon blog n’est pas de raconter ma petite vie de journaliste mais de relayer ce qui, dans la pratique de mon métier, relève à un niveau ou à un autre de l’information. Pour ce faire, j’utiliserai bien sûr l’écrit mais aussi le son (via des podcasts de conversations, d’ambiances…) et la photo (sur FlickR). Je choisis d’emblée de ne pas utiliser la vidéo qui demande une mise en scène contraire à mon postulat de départ et des moyens techniques dont je ne veux pas m’alourdir, en terme de temps et de poids. Car je compte bien profiter de cette nouvelle situation pour bouger.
Si je passerai la majeure partie de mon temps à Paris (où se trouvent la plupart des médias pour qui je vais travailler), j’ai en tête un certain nombre de lieux, plus ou moins lointains, où ma curiosité et les invitations m’appellent. Là encore, dans un soucis de cohérence, je ne m’y rendrai qu’en transport doux : autostop, bus, train, bateau, vélo… Tout sauf l’avion, quelle que soit la distance.
A mon départ de Marianne, entre autres conseils, j’ai reçu celui de m’attacher à mes principes, car ils font « ma spécificité et ma force ». Il y a, parmi eux, une exigence écologique qui m’amène à faire tendre mon mode de vie vers une consommation moindre et des comportements moins nocifs. Dans le cas des déplacements, cela va de pair avec une conception du voyage qui fait du trajet un élément à part entière de l’aventure. Chacun de ces déplacements « lents » sera l’occasion de rencontres, de découvertes, d’interrogations qui alimenteront le blog, au titre des informations sérendipitiques.
Il n’y a pour l’instant aucun modèle économique à tout ça sinon celui consistant à travailler pour des supports rémunérateurs en entretenant, à la marge et sans profit, ce projet. Il n’y a qu’une envie de « tenter le coup », de me donner la liberté d’essayer ce que j’ai énuméré ci-dessus et d’autres choses encore que je trouverai en chemin afin de chercher, de manière expérimentale, une autre façon de faire mon métier que je ne l’ai fait jusqu’ici, un peu plus proche du web, de ses lecteurs et de ses possibilités. Un peu plus proche, aussi, de l’idée que je m’en fais. Et je n’ai qu’une impatience : de m’y mettre le plus vite possible !
Dans l’attente de vos suggestions, critiques et remarques, je vous annonce déjà mon départ entre le 19 et le 20 janvier de la gare de Bercy pour Venise : direction l’ex-Yougoslavie. Je reviendrai bien vite sur les préparatifs de ce premier voyage.
Excellente année 2010 à tous et beaucoup d’infos, de découvertes, de rencontres et d’émerveillement pour vous sur Net et dans la vie réelle !