Salaires dans le sport ou la finance : parallélisme des formes entre Estrosi et Lagarde
Les hauts salaires dans le sport, Christian Estrosi les a défendu d’une phrase : « on doit ouvrir un débat sur les rémunérations dans le sport, mais à une seule condition : que cela nous nous pénalise pas sur la scène internationale. » Une phrase. La même, ou presque, à quelques mots, que celle de Christine Lagarde pour défendre les conditions de rémunération dans la finance ou celle des patrons de grandes boîtes. Le même « marché ouvert », la même « concurrence » qui fait fuir les élites à l’extérieur.
« Dans l’absolu », le ministre de l’Industrie se disait choqué, dimanche 13 au soir sur France inter (autour de 6 minutes), par les 862000 euros de prime de match touchés par Raymond Domenech pour la qualification de la France en coup du Monde. « Mais » (voilà le « mais »), il y a un « contexte », voyez-vous ! Les joueurs, comme les managers aux carrières patronales, quittent la France par le premier jet pour aller s’installer sous d’autres cieux… Il faut donc, les uns, comme les autres, les traiter avec la même mansuétude, pour s’aligner sur « le jeu » international et ses salaires mensuels d’entraîneurs de foot à 5 chiffres et de joueurs à 6.
Et c’est là tout le génie que recèle la maladresse du ministre de l’Industrie que de donner les arguments pour le défaire : les skieuses françaises en coupe de Monde, l’équipe de handball ou le nageur Frédéric Bousquet décrochent des médailles pour bien moins (même en comptant les sponsors). Et pourquoi concourent-ils ? Pour des récompenses, des gestes, du sport… Et un peu moins pour du pognon que les joueurs de foot. De même que les pdg retenus à coup de promesses de parachutes dorés s’inquiètent plus des clauses de cession de leur contrat et du retour sur investissement des gros porteurs les ayant posé dans leur fauteuil que de l’avenir industriel des groupes qu’ils dirigent durant leurs intérims. Et quand Estrosi reproche au socialiste Jérôme Cahuzac de « vouloir mettre de la politique dans tout », il s’accuse. Car en tenant de tels propos sur Raymond Domenech, il prouve que la volonté de réguler s’arrête là où il faudrait défier un système que le gouvernement a trop peur de remettre en cause. Que ce soit le Cac40 ou la Fifa.