Le « travailler plus pour gagner plus » critiqué par Proudhon en 1839
Quelle pitié m’inspirent ces faiseurs d’homélies sanglotantes, ces amis du peuple, ces amis de la classe ouvrière, ces amis du genre humain, ces philanthropes de toute farine, méditant à leur aise sur les maux de leurs semblables, qui souffrent au sein d’une molle oisiveté, de ce que le pauvre n’a que six jours de fatigue, et de l’insuffisance de son salaire ne concluent jamais autre chose sinon : il faut travailler, il faut épargner ! Pareils à ce médecin qui, traitant un scrofuleux, appliquait sans cesse un nouvel emplâtre à un nouvel ulcère, et n’essayait seulement pas de purifier la masse du sang, ces docteurs ont toujours sous la main quelque topique de récente invention et d’une efficacité rare : rien n’est oublié par eux, hormis une chose dont ils ne s’embarrassent guère, c’est de remonter à la source du mal. Mais ne craignons pas qu’ils s’engagent dans cette recherche qui infailliblement les ferait aboutir là où ils ne voudront jamais regarder, à eux-mêmes.
Pierre-Joseph PROUDHON, De l’utilité de la célébration du dimanche (1839).